CINÉMA EN HAUTE-MARNE

Copyright © by www.foto-45.com  Saint-Dizier  2004    Site mis à jour le samedi 30 août 2008

 

Les acteurs de Charmes

A Charmes-la-Grande, près de Doulevant, le domaine de la Sapinière a servi de refuge, au moment de la Libération, à un groupe de plusieurs personnes.  Dans la propriété du pasteur Allégret étaient venus se cacher Simone Signoret et Yves Allégret, Serge Reggiani et ses parents, ainsi que Danièle Delorme, Daniel Gélin et Janine Darcey.  Un beau plateau de cinéma... 

 

CHARMES  les plus anciens se souviennent que Serge Reggiani ou Yves Allégret venaient régulièrement prendre l'apéritif au café du village.  Durant ces derniers mois de guerre, le domaine de la Sapinière constituait pour ces artistes engagés contre l'occupant un abri isolé, donc sûr, en attendant que les Allemands aient définitivement quitté le pays.  Simone Signoret a précisément décrit cette période dans son livre de souvenirs, La Nostalgie n'est plus ce qu'elle était.  Arrivée le 7 juin à Charmes, la "troupe" de jeunes comédiens trouve "une grande maison (.,.) abandonnée mais dans laquelle, visiblement, quelqu'un de bon et généreux avait été le maître".  Le pasteur Allégret, père des cinéastes Yves et Marc, et de Eric, proche conseiller du général de Gaulle pendant la guerre, était ce maître des lieux.  D'après Simone Signoret, "il avait en tout cas laissé dans ce tout petit village le souvenir du meilleur des hommes". 

 

VOISINS  PAS BANALS 

 Au départ, les "maquisards" sont quatre, soit deux couples : Serge Reggiani et Janine Darcey, Yves Allégret et Simone Signoret, "Serge était encore italien à l'époque, et par conséquent déserteur, Allégret était recherché par le STO" (Service du Travail Obligatoire, N.D.L.R.). De quatre, ils passent rapidement à neuf : "Gélin était recherché par le STO et Danièle était nouvellement Delorme grâce à de faux papiers".  Les Allemands occupant toujours la région, le danger est loin d'être absent, 

Très uni, le groupe vit au jour le jour, plutôt chichement.  "On n'avait pas un sou, ni les uns ni les autres, raconte celle qui deviendra bientôt pour l'éternité Casque d'or.  On vivait beaucoup sur des salades un peu sauvages qui continuaient à pousser dans ce qui avait été le potager".  Rapidement, la troupe éveille la curiosité des habitants de Charmes, très intrigués par ces nouveaux voisins pas banals : "Les paysans du coin trouvaient que le fils du pasteur avait de drôles d'amis.  Allégret, Gélin et Serge (Reggiani) partaient en tournées de ravitaillement à vélo,  consistait à faire la conversation pendant deux heures avec des cultivateurs qui étaient surtout curieux de savoir qui étaient les dames ... qu'on n'avait jamais vues avant, et qui était ce monsieur à accent italien qu'on avait rencontré au tabac ( ) ils rentraient quelquefois avec des oeufs, une fois avec assez de farine pour que Mme Reggiani exécutât une pastasciutta antimussolinienne...". 

  

BATAILLE À CHAUMONT

 La radio fonctionnait à plein, et permettait de suivre jour après jour la marche en avant des armées de libération.  "On a vécu la Libération de Paris à la radio, à Charmes-la-Grande.  On riait, on pleurait, on s'embrassait, on était furieux d'avoir raté ça ( ) La radio jouait tout le temps la Marseillaise.  C'était le jour où jamais ( ) Cette première journée s'acheva un peu amèrement.  D'autant plus amèrement que si les cloches de Notre-Dame avaient sonné, le clocheton de la petite église de Charmes-la-Grande, à part les heures et les demi-heures qu'il égrenait, restait résolument silencieux sur le plan patriotique.  Les Allemands étaient toujours là". 

 Mais la bataille se rapprochait enéxorablement, bientôt, ça n 'était plus sur un atlas, mais sur une carte départementale, qu'on devait suivre le déroulement de la Deuxième Guerre mondiale.  On se battait ferme à Chaumont, à quelques kilomètres de là, On entendait le canon.  Dans un village voisin, les Allemands avaient fait un petit massacre improvisé avant de s'en aller.  On commençait à se dire qu'on aurait peut-être mieux fait de ne pas prendre ce maquis-là. ils étaient si bien, eux, à Paris". 

 

LA PREMIÈRE  JEEP 

 Après plus de trois mois d'attente à la mode haut-marnaise, les sauveurs arrivent sans prévenir, un beau matin de la fin août, Simone Signoret le raconte merveilleusement : "Un matin, les garçons étaient partis au ravitaillement-renseignement, nous, les filles, faisions le ménage.  De la fenêtre du premier, en secouant mon chiffon, j'ai aperçu, tout en bas de la propriété, une drôle de voiture qui décrivit un huit avant de disparaître, On a entendu un grondement régulier, On a couru toutes les trois jusqu'à la route, située sur la gauche et que les arbres nous cachaient.  La drôle de voiture était là.  C'était 1a première Jeep".  Bientôt suivie de pleins d'autres.  Les Américains libéraient Charmes-la-Grande. ii était environ 11 heures du matin.  Le 31 août 1944, jour de pluie, les Américains "rigolaient, Au milieu des paysans, ils avaient vu surgir trois androgynes déguisés en mecs et parlant anglais".  Ce qui devait effectivement surprendre plus d'un soldat US. 

Mais le courant ne tarda pas à passer entre les "boys" et les jeunes artistes.  "On en a ramené quatre à la maison, on leur a fait la conversation mondaine en attendant le retour des garçons qu'on voulait épater avec nos prises de paix.  Eux, leurs vélos entassés sur l'arrière d'un Dodge, en ramenèrent aussi quatre qu'ils avaient croisés sur la route, peu avant leur arrivée au village.  On parlait de tout ce dont on avait été sevrés pendant quatre ans.  Louis Armstrong était-il encor  e vivant ? Ou i, mais Carole Lombard était morte, et  Gerschwin aussi.  Le Dictateur et Autant en emporte le vent, c'était bien?".  Le soleil chassait enfin les nuages.  Enfin, presque... 

  

CHARMES  LIBÉRÉE 

 "Ils sont restés quelques jours dans le pays. ils bivouaquaient, mais se précipitaient à la maison dès qu'ils le pouvaient, parce qu'on parlait anglais, qu'on était marrants, qu'on connaissait leur musique et leur culture.  Le jour de leur départ, ils nous ont fait des cadeaux.  Pas de la bimbeloterie : ils nous ont donné un camion Citroën de cinq tonnes (...) et deux motos BMW. (... ) Ils sont partis, et pendant un certain temps les autres sont revenus".  Alternance de nuages noirs et d'éclaircies.  "Pendant  deux ou trois jours, on a vécu sans amis et sans ennemis sauf un : un pauvre petit même de quinze ou seize ans qui se cachait dans les bois.  Il s'est fait cribler de balles par un commando local, ils s'étaient mis à vingt pour le descendre et le ramener à la mairie comme un trophée". Éclaircie, "Les Américains sont revenus (...) Cette fois, ça y était.  Charmes-la-Grande était libérée, le clocheton sonna la Victoire.  Les drapeaux français hâtivement repliés la semaine précédente flottèrent crânement aux fenêtres des chasseurs de gibier.  C'est alors que le maire entra dans notre vie". 

  

BIENS  DE GUERRE 

 Forcément, des jeunes comédiens en cavale, ça ne sait pas se tenir.  "Comme ils étaient peu sérieux, les garçons n'ont pu résister à la tentation d'aller faire wron-wron-wron sur la  route avec les motos.  Ca marchait fort bien, Tellement bien que tout le pays l'a su et que le maire est venu solennellement nous reprendre nos beaux joujoux qu'il appelait des "biens de guerre"... Non sans ajouter que c'était très vilain d'être devenu voleur quand on était fils de pasteur.  Il n'a jamais voulu croire notre histoire de cadeaux.  On s'est longtemps demandé sous quels fessiers haut-marnais avaient fini nos belles petites motos teutonnes, et à quel transport de betteraves avait servi notre camion".  Peut-être que quelques vieux habitants de Charmes ne se posent pas la question... 

   

AVEC L' AIMABLE AUTORISATION DE DAVID GUÉRIN

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